Collective x Roundtable : Pourquoi Collective a misé sur des opérationnels plutôt que sur un financement traditionnel

Roundtable
Publié le
October 7, 2026
Last edited on
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Roundtable est la première infrastructure européenne pour les investissements privés. Elle prend en charge toutes les opérations juridiques et administratives afin que les fondateurs, les investisseurs et les fund managers puissent se concentrer sur l'essentiel.

Collective s’est donné pour mission de redéfinir la façon dont les recruteurs professionnels et les cabinets de conseil sourcent les talents. La startup parisienne a construit Sherlock, un agent de sourcing IA qui analyse plus de 800 millions de profils issus de plus de 30 sources de données publiques et fait remonter en quelques minutes les candidats les plus pertinents pour un poste donné. Avec environ un million de candidats inscrits directement sur la plateforme, Collective travaille des deux côtés du recrutement : aider les recruteurs à sourcer plus vite, et aider les talents à se faire repérer.

Fondée par Jean de Rauglaudre, Collective a opéré un pivot majeur avant d’atteindre sa forme actuelle : ce qui a commencé comme une plateforme réunissant des freelances en équipes est devenu un produit entièrement porté par la technologie. La transformation a été exigeante, mais elle a payé : deux ans après le pivot, Collective atteignait 2 M€ d’ARR.

Cet été, Collective a levé 2 M€ sur une valorisation pre-money de 25 M€. Plutôt que de se tourner vers des VCs traditionnels, Jean a choisi de lever auprès de plus de 40 initiés du secteur : fondateurs, dirigeants et opérationnels du monde du recrutement et du conseil, en regroupant les plus petits tickets dans un SPV Roundtable pour garder une cap table lisible.

Dans cet entretien, il raconte comment cette stratégie lui a permis de transformer ses investisseurs en ambassadeurs, comment Roundtable a absorbé la complexité juridique et administrative d’un tour à plusieurs dizaines d’investisseurs, et quels conseils il donnerait aux fondateurs qui envisagent une approche similaire.

Points clés à retenir :

  • Collective a levé 2 M€ auprès de plus de 40 initiés du secteur en faisant passer les tickets inférieurs à 100 K€ par un SPV Roundtable. L’équipe a ainsi gardé une cap table propre tout en accueillant des investisseurs réellement engagés dans la réussite de l’entreprise.
  • Le seuil fixé par Jean de Rauglaudre pour le SPV (les investisseurs apportant plus de 100 K€ entraient directement au capital) a aussi servi d’outil de négociation, en incitant naturellement les investisseurs à augmenter leur engagement.
  • La plateforme a absorbé toute la complexité juridique et administrative (KYB, KYC, gestion des documents et suivi des investisseurs), rendant à l’équipe fondatrice le temps et la concentration nécessaires pour boucler le tour et faire avancer l’entreprise.
  • Ces 40+ investisseurs sont devenus des ambassadeurs actifs de Collective : avec plus de 40 posts LinkedIn déjà planifiés, l’entreprise a transformé sa levée de fonds en un moteur durable de contenu et de visibilité.

Roundtable : Pouvez-vous nous présenter Collective et sa mission ?

Jean de Rauglaudre : Collective développe un outil de sourcing et de recrutement propulsé par l’IA pour les recruteurs professionnels et les cabinets de conseil. Voyez-le comme le ChatGPT des recruteurs. Là où les outils traditionnels comme LinkedIn demandent un filtrage manuel, l’agent IA de Collective, baptisé Sherlock, prend le brief du recruteur et lance automatiquement des recherches sur plus de 30 sources de données : LinkedIn, GitHub, Stack Overflow et bien d’autres. Il fait remonter les candidats les plus pertinents pour un poste donné, en une fraction du temps habituel.

Au-delà de l’agrégation de données publiques, nous avons constitué une base privée de candidats qui s’inscrivent sur Collective pour trouver des missions et des opportunités professionnelles. Nous comptons aujourd’hui environ un million de personnes inscrites sur la plateforme.

Au fond, Collective travaille des deux côtés : les recruteurs l’utilisent pour sourcer des talents plus vite, et les candidats pour se faire repérer par les entreprises.

Roundtable : L’entreprise semble avoir beaucoup évolué, pouvez-vous nous en dire plus ?

Jean de Rauglaudre : En effet. Collective a démarré avec un tout autre modèle : une plateforme qui réunissait des freelances en équipes et mettait ces équipes en relation avec des entreprises. C’est d’ailleurs de là que vient le nom : des collectifs de freelances.

Avec le temps, nous avons élargi notre vision des freelances à tous les types de talents. Puis, avec l’essor de l’IA, nous avons pris la décision de pivoter : plutôt que de miser sur la mise en relation entre personnes, nous allions construire un produit technologique. Ce pivot a été douloureux. Nous sommes passés d’une équipe de 50 personnes à six ou sept. Notre chiffre d’affaires a chuté.

Mais ça a marché. La première année après le pivot, nous avons atteint 200 K€ d’ARR. L’année suivante, nous sommes passés de 200 K€ à 2 M€. Nous avons bouclé la levée de cet été à 2 M€ d’ARR.

Roundtable : Pouvez-vous nous en dire plus sur cette levée de fonds ?

Jean de Rauglaudre : Nous avons levé 2 M€ sur une valorisation pre-money de 25 M€. L’activité française est rentable, nous ne levions donc pas par nécessité ; nous levions pour financer l’expansion internationale, qui demande du cash.

Compte tenu de la valorisation de l’entreprise, nous avons délibérément choisi de ne pas lever trop. Deux millions suffisent à faire bouger notre chiffre d’affaires sans céder une part excessive du capital.

Nous avons aussi fait le choix conscient de ne pas retourner vers des VCs traditionnels pour ce tour. À la place, nous avons levé auprès de plus de 40 leaders de notre secteur : fondateurs et dirigeants de cabinets de conseil et de sociétés de recrutement, et personnalités influentes de notre écosystème. Ce sont des experts qui ont une vraie connaissance et de vrais réseaux en lien avec ce que nous construisons.

La logique est simple : quand ces personnes ont investi dans votre réussite, elles travaillent activement pour vous. Elles parlent de vous, publient sur LinkedIn, font des introductions. Nous avons déjà plus de 40 posts LinkedIn planifiés autour du tour et nous avons lancé une série qui dévoile un nouvel investisseur chaque semaine. Cela crée un cercle vertueux de visibilité et de crédibilité qu’un tour classique réservé aux VCs ne vous apporte tout simplement pas.

Nous avons aussi fixé un seuil : les tickets de 100 K€ et plus entraient directement à la cap table. Les tickets plus petits étaient regroupés dans le SPV Roundtable. Pour les investisseurs qui voulaient une participation directe, ce seuil est aussi devenu un outil de négociation utile : si quelqu’un voulait investir 60 K€ directement dans la société, il devait soit augmenter son engagement, soit passer par le SPV.

Roundtable : Maintenant que le tour est bouclé, quelles sont vos priorités ?

Jean de Rauglaudre : Nous avons aujourd’hui trois priorités principales :

  • D’abord, monter en gamme en France : nous travaillons de plus en plus avec de grands comptes et sur des contrats importants, cela représente environ un tiers de notre attention.
  • Ensuite, l’expansion internationale : aujourd’hui, environ 85 % de nos utilisateurs sont en France et 15 % à l’étranger, principalement en Europe et en Afrique du Nord. La levée bouclée cet été est notre tremplin pour nous développer en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg, en Suisse, au Royaume-Uni et en Espagne, avec le Canada comme marché potentiel à plus long terme.
  • Et enfin, le produit et la tech : nous avons des fonctionnalités à livrer et à développer qui sont centrales pour soutenir ces deux objectifs.

Roundtable : Qu’est-ce qui vous a décidé à utiliser Roundtable pour le SPV ?

Jean de Rauglaudre : Je connais les fondateurs depuis longtemps : nos deux entreprises sont passées par Hexa, c’est là que nous nous sommes rencontrés. Il y a quelques années, j’ai investi un petit montant dans Roundtable lors de leur levée. Je connaissais donc déjà le produit du côté investisseur.

Quand est venu le moment de lever cet été, j’ai vite compris que gérer plus de 40 petits investisseurs avec tous les enjeux juridiques et administratifs que cela implique (KYB, KYC, tailles de tickets variables, etc.) allait être un cauchemar si je le faisais moi-même. Roundtable était la solution évidente. La plateforme est précisément construite pour ce type de complexité.

Roundtable : Quelle a été votre expérience de la plateforme ?

Jean de Rauglaudre : Honnêtement, c’était presque comme un jeu, et j’ai adoré ça. Regarder le tour se remplir jour après jour, voir le taux de complétion grimper de 80 % à 90 % et au-delà, c’était vraiment amusant.

Par ailleurs, l’équipe était réactive, les points de blocage étaient faciles à identifier et à résoudre, et l’expérience globale a été très fluide. Je réutiliserai la plateforme sans hésiter, et nous prévoyons d’ailleurs d’ouvrir un nouveau tour prochainement.

Roundtable : Pour vous, quels sont les principaux bénéfices opérationnels de Roundtable ?

Jean de Rauglaudre : La simplicité et le temps gagné. Gérer 40 investisseurs individuels, chacun avec ses documents, ses questions et son calendrier, aurait été extrêmement complexe à faire à la main. Roundtable a absorbé tout cela.

Les retours des investisseurs ont aussi été très largement positifs. Il y a eu un cas où quelqu’un n’a pas investi parce qu’il préférait une participation directe plutôt qu’un investissement via une structure SPV, mais c’étaient les conditions que nous avions fixées.

Roundtable : Un conseil pour les fondateurs qui envisagent une approche similaire ?

Jean de Rauglaudre : Lever auprès des gens de votre écosystème, c’est-à-dire vos clients, des leaders et des opérationnels, est une stratégie vraiment sous-estimée. Vous obtenez une communauté de personnes qui ont intérêt à votre réussite et qui deviennent des ambassadeurs actifs de votre entreprise. C’est un capital d’une tout autre nature que l’argent des VCs.

Rien que le contenu et la visibilité, c’est remarquable. Quarante personnes qui publient sur votre entreprise sur LinkedIn, c’est un sérieux levier de distribution, et un levier qui ne s’achète pas. Et chaque semaine, présenter publiquement un nouvel investisseur entretient la dynamique et la preuve sociale.

J’ai aujourd’hui le sentiment que ces 40 personnes travaillent pour moi ; pas à plein temps, bien sûr, mais elles travaillent pour moi quand même. Parce qu’elles ont investi dans l’entreprise. C’est la vraie valeur de pouvoir embarquer autant d’investisseurs grâce à un SPV.

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